Affaire Bruel : quand l’impunité prend fin, même au Québec
Flavie Flament, la parole à visage découvert
La plainte la plus médiatisée reste celle de l’animatrice Flavie Flament, déposée vendredi 15 mai. Elle accuse Patrick Bruel de l’avoir violée à Paris en 1991, alors qu’elle avait 16 ans. Dans sa plainte consultée par Mediapart, elle accuse aussi d’avoir été droguée : elle raconte s’être rendue au domicile parisien du chanteur, avoir bu un thé, puis s’être réveillée incapable de reconstituer ce qui s’était passé. Elle avait déjà témoigné anonymement sous le pseudonyme d’Eva lors du deuxième volet de l’enquête de Mediapart publiée le 7 mai. C’est la première fois qu’elle parle à visage découvert. Interrogé par Mediapart, Patrick Bruel confirme leur rencontre et une relation épisodique, mais affirme ne l’avoir ni droguée ni agressée.
Son avocate, Me Corinne Herrmann, a annoncé ce mardi sur France Inter que de nouvelles plaintes pour viols allaient être déposées dans les prochains jours. La question de la prescription est au coeur des débats : les avocates de Flavie Flament entendent démontrer que la sérialité criminelle dont est accusé le chanteur, combinée à des jurisprudences dans des affaires criminelles, pourrait avoir des conséquences sur la prescription dans ce dossier. Des années pour trouver les mots, comprendre ce qu’on a vécu, accepter de porter plainte. Des années pendant lesquelles les agresseurs présumés continuent de jouir de leur célébrité et de leur impunité.
La porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, a pris position ce mardi, appelant à encourager les femmes victimes à parler même des dizaines d’années après les faits, et à construire un système politique, médiatique et judiciaire qui permette à ces paroles d’être entendues.
Le Québec, terrain d’une réalité tue depuis 2017
Ce que l’annulation québécoise révèle, c’est que le problème n’est pas franco-français. Une journaliste radio francophone du Québec, désignée sous le prénom fictif de Charlotte dans les colonnes du magazine Elle France, a témoigné avoir été agressée sexuellement par Patrick Bruel le 14 avril 2017 à l’hôtel Sofitel de Montréal, en marge d’une interview. Elle avait alors 28 ans. Le chanteur était en tournée au Québec pour son spectacle Bruel chante Barbara. Sous prétexte de bruit et de fatigue, il l’aurait invitée à réaliser l’interview dans sa suite. À la fin de l’entretien, alors qu’elle voulait partir, il lui aurait barré le passage, l’aurait prise dans ses bras, embrassée de force à plusieurs reprises malgré ses refus répétés, et tenté de lui retirer son manteau. Elle est parvenue à s’enfuir. Elle a tout consigné dans un cahier dès le même jour, transmis à Elle France comme preuve contemporaine des faits. Elle a déposé un signalement auprès de la police de Montréal en octobre 2017. Il s’agit du plus ancien signalement connu à ce jour dans cette affaire sur le sol canadien. La CNESST, l’instance québécoise de santé au travail, a depuis reconnu officiellement à son égard une atteinte permanente et une perte de jouissance de la vie.
Suite à la page suivante