Témoignage : “Ce cadeau qui m’a le plus touchée”

Témoignage : “Ce cadeau qui m’a le plus touchée”

Chloé, 30 ans, psychologue.

“J’avais 5 ou 6 ans, c’était l’automne en pleine période scolaire. Mes parents sont rentrés de leur travail et m’ont tendu un petit frigo tout simple, un jouet qui n’était ni emballé, ni espéré, donné comme ça, et qui m’a fait l’effet d’un pur miracle. Je me souviens encore de cet émerveillement, comme si de la poudre d’or avait soudain tout illuminé autour de moi. Depuis, j’ai reçu bien des cadeaux, souvent très luxueux (j’adore les bijoux, je l’avoue…). J’ai toujours été très gâtée et pourtant, rien ne m’a enchantée comme ce petit frigo semblé tombé du ciel un soir d’automne. Je pense que malgré ma gaieté de petite fille un peu garçon manqué, j’étais une enfant tourmentée, et ce geste a été comme une réponse à mes angoisses qu’il a balayées dans une incroyable impression de magie.”
“Une visite privée chez un peintre”

Catherine, 43 ans, guitariste.

“Je sortais d’un profond chagrin lié à la perte d’une maison à laquelle j’étais viscéralement attachée. C’était en Provence et j’allais souvent dans une jolie boutique où, ce jour-là, j’ai feuilleté un livre. L’ouvrage d’un peintre que j’aimais, ami de la propriétaire du magasin. Elle et moi n’étions pas du tout intimes, mais elle m’a néanmoins proposé de visiter l’atelier de ce peintre dans son mas. Un émerveillement. Du jardin à chaque détail des pièces, tout était follement beau. Pas luxueux du tout, mais d’une poésie qui vibrait partout. Un univers d’artiste, très personnel, plein de trouvailles et de charme. Le contraire des maisons exhibées dans les magazines, toutes semblables avec leurs décos conventionnelles. Grâce à cette visite, qui m’a été offerte, j’ai compris l’importance de nourrir toujours et librement son inspiration.”
L’avis de la psy

Valérie Blanco, psychanalyste, auteure du livre Dits de divan, paru aux éditions de l’Harmattan.

Pourquoi ces dons tout simples nous comblent-ils autant ?

Parce que l’être humain est habité par un manque fondamental qui crée de l’angoisse donc, du désir. Mais ce manque, que l’on prend pour un “manque à avoir”, et en réalité un “manque à être”, selon la formule de Lacan. La dimension du manque, chez l’être humain, c’est celle du “manque à être”. Ces dons ont en commun de toucher la dimension de l’être, chez celui qui les offre et chez celui qui les reçoit.

Les beaux objets de nos désirs n’ont donc pas ce pouvoir ?
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